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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 22:01

J'étais mort dans mon rêve.

 

Mes yeux dévorés par le temps et mon crane jonchait le sable.Je marchais.

Dans un coin d'une maison , mes deux filles lavaient le linge.Je me posais des questions.

Moha reprend ses esprits.Oui , me dit il c'était mes deux grandes filles.La grande continuait à laver le linge et la deuxième, à mon approche s'est faufilée pour m'éviter.

 

Ce rêve me fait peur, précise Moha.Il y avait une sorte de vérité dans ce songe.

Le linge est synonyme de problémes , me dit il.Ce n'est pas tant les problèmes que je crains mais le regard haineux de ma progéniture.

 

Sais-tu qu'il m'arrive de pleurer dans mes rêves , sanglote Moha ?

Oui , je pleure et je me surprends entrain de hénnir , enfermé dans une étable barreaudée.

 

J'ai peur de la nuit , mon ami, j'ai peur de la nuit.

 

Le dos courbé , Moha apprivoise sa maladie.Son épouse déverse des larmes.

 

Ne t'inquiète ma chère épouse , séche tes larmes et continue tes prières , lui demande Moha.

 

Je ne peux me lever et je n'ai pas envie de prier assis , chère épouse.Fais le pour moi.Récite quelques versets et supporte mon humeur désagréable.Moha ferme les yeux.

 

Je vois des anges , dit-il à sa femme.Je vois des oiseaux me picorer la tête et je vois ma mère, les bras ouverts m'attendre au seuil de la porte de notre maison en Algérie.

 

Ya ma* !  Tu es là , demande Moha ?

 

Etreigne moi  Ya ma , j'ai froid !

 

Te rappelles-tu Ya ma mes rêves ? Je voulais des enfants à ton image ! Des enfants doux , calins ..Je les voulais sémillants , concrétisant mes rêves ...Je les voulais érudits ..Je leur avais donné des prénoms de fierté , de lueur , d'espoir, d'altruisme , de gloire et de paix.

 

Une quinte réveille Moha.Ses mains tremblent .La maladie reprend.

 

Enveloppe moi dans tes bras ,chère femme et ne pleure pas ! Je ne mourrais pas cette fois-ci.

 

La crise s'accentue.Les pleurs de la femme de Moha se mélent au silence de la nuit.Une nuit terne.

 

M'entends-tu Ya ma ? Moha délire.

M'entends-tu Ya ma ? Les larmes se croisent sur les lèvres de Moha.

 

Je n'ai que la cinquantaine Ya Ma ! Pourquoi , pourquoi ?

 

Je n'ai vécu que pour  voir réussir mes enfants ..Je n'ai vécu que pour donner de l'amour à mes enfants.

 

Les mains de Moha tremble , la crise s'amplifie .

 

Ne pleure pas chère épouse ! Toi , tu m'as aimé sans contrepartie..Tu m'as aimé moi , qui n'a rien à t'offrir d'autre que l'amour que tu m'as porté..Tu as aimé mes parents , tu as aimé mes frères , tu as aimé ma soeur ..Tu n'as jamais manqué de respect à ma famille , ni à moi .Tu iras au paradis chere épouse.

 

Je me souviens des quelques mots que t'as glissé mon père quand nous tournions autour de la Kaaba..Je me souviens de toi enveloppant ma mère quand elle arpentait le petit mont menant à la mosquée du prophète à Médine.

Je guettais tes sourires adressés à ma mère fatiguée par le voyage.J'observais ta bienveillance envers mon père , alité dans cet hotel à la mecque.J'ai vu mon père te gratifier d'un sourire quand tu l'as couvert pour qu'il s'endort !

 

Chère épouse ! Je revois les images de nous deux  émerveillés devant la tombe de Hamza !  Je revois tes larmes à la sortie de chaque prière et ta joie d'avoir vu la tombre de notre prophète.

 

Peux-tu m'emmener à la mecque après ma mort ? La crise s'accentue .Moha n'est qu'un amas de douleur.

 

Je n'aime pas la nuit , chère épouse ! Mais j'aime quand tu t'arranges pour que les petites ne soient pas affolées quand ma maladie reprend le dessus..Que Dieu te récompense.

 

 

Ya ma ! que reste-il à un homme qui perd sa dignité , blessé par les insultes de sa progéniture ?

 

Je te promets chère épouse que si cette nuit , la mort  aie pitié de mon existence , j'irai à la rencontre des gens.Je les supplierai de m'insulter.Je les payerai pour me haîr .Je quémanderai leur méchanceté .Je demanderai à ce que m'on traite de tous les qualificatifs salissants.Ils auront tous les droits car ils me sont étrangers.Je ne me sentirai pas blessé.

 

Les lèvres de Moha tremblent.

 

Prend le livre et récite moi le verset  Coranique sur les parents , chère épouse .

 

Récite le à haute voix.

 

"Ton Seigneur a ordonné de n'adorer que Lui.
Il a prescrit d'être bon envers ses père et mère.
Soit que l'un d'eux ait atteint la vieillesse, ou que tous deux y soient parvenus, étant à ta charge,
garde-toi de marquer la moindre répulsion à leur égard ou de leur manquer de respect.
Parle-leur toujours affectueusement.
Fais preuve, à leur égard, d'humilité pour leur témoigner ta tendresse
et dis: Seigneur ! Aie pitié d'eux comme ils l'ont été pour moi, lorsqu'ils m'élevèrent tout petit.

 

Moha sourit à sa femme.

 

Ya Ma ! Je n'arrive pas à évacuer de ma mémoire une phrase assassine de mon ex-épouse.

Une phrase qui me rendait responsable de la naissance d'une fille au lieu d'un garçon.Pourtant , j'ai toujours respecté la volonté de Dieu et je n'ai jamais exigé d'avoir un garçon.Mes filles me suffisaient et les avoir à coté de moi me comblait.Mes filles étaient mon chemin menant vers le paradis.

 

L'horloge appelle à la prière.

 

La douleur de Moha s'accentue.

 


 

Mantes , le 30 Octobre 2012

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commentaires

S
Triste récit ! Triste douleur à lire !<br /> Tu devrais rassembler tout dans un roman.
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